Entretien sur l’hypnothérapie, avec Géraldine Lacour

L’hypnothérapie est devenue, ces dernières années, une pratique de plus en plus courante, mais elle recèle encore quelques fantasmes et un imaginaire qui ne correspond pas toujours à sa réalité. Géraldine Lacour est hypnothérapeute, elle parle de son métier avec clarté et elle nous propose ici un tour d’horizon sur l’hypnose, cet état de conscience modifié qui permet de dialoguer avec son inconscient !

  • Peux tu expliquer ce qu’est l’hypnothérapie ?
    L’hypnose fait partie des thérapies brèves, orientée sur une question principale : quelles solutions je peux mettre en place, en moi, pour aller mieux ? Avec l’aide du thérapeute, la personne est en état de conscience modifié, en hypnose donc, utilisée ici à des fins thérapeutiques, afin d’accéder à l’inconscient, aider à résoudre différentes problématiques et avancer vers des changements positifs. On peut consulter pour différents motifs comme du stress, des addictions, des phobies, des problèmes de poids… Tout cela rejoint essentiellement des problèmes de gestions des émotions, et de schémas répétitifs dont on n’arrive pas à se débarrasser. Bien souvent, ils prennent source dans le passé et dans l’enfance… mais pas seulement !

  • Dans notre société, on ne nous apprend pas à gérer nos émotions justement ?
    En effet, enfant, la plupart du temps, on ne nous l’apprend pas du tout, ni à l’école ni en famille ! On devrait pourtant l’enseigner dès le plus jeune âge: savoir accueillir ses émotions, les reconnaître, les gérer, comment elles peuvent évoluer, se transformer et même partir. On apprend plutôt, par mimétisme et par codes sociaux, qu’il faut les enfouir et ne pas les exprimer. Et c’est le problème de bien des gens aujourd’hui, ils ont enfouis trop d’émotions, en mettant la poussière sous le tapis ! Ils se retrouvent ainsi comme une cocotte minute bien fermée : avec un trop plein, et la pression qui monte. Il y a trop de frustrations, trop de choses qui ne vont pas, et comme ce n’est pas exprimé, le risque est que cela explose ! Cela peut même être très soudain et violent, comme un burn out par exemple.

  • Comment fonctionne une séance d’hypnothérapie?
    Il y a trois étapes, la première est un entretien, la personne m’explique qui elle est, pourquoi elle vient, ce qu’elle attend, puis on définit un objectif ensemble. La deuxième phase est celle proprement dite d’hypnose. Pendant la séance, on entend, on se rappelle, on ressent, on ne dort pas comme parfois les gens peuvent l’imaginer! Puisqu’on lève un voile entre le conscient et l’inconscient, on perçoit les choses de façon différente, on ouvre une porte et on accueille ce qui vient derrière! Des émotions, des mémoires sont libérées et parfois cela peut surprendre. La personne est actrice de son changement, elle trouve les solutions en elle, grâce à son inconscient. La troisième phase est celle du débriefing, après la séance, pour savoir comment la personne a vécu l’expérience, avec des recommandations si nécessaire, ou des exercices à faire à la maison. Il n’y a pas de protocole tout fait, ni de baguette magique ! Le thérapeute est un guide, il fait avec ce que la personne apporte, son vécu, ses émotions.

  • Peux tu donner des exemples de séances d’hypnothérapie qui t’ont marquées ?
    J’aime bien les séances qui permettent à la personne de connecter à son enfant intérieur.
    Je me souviens d’une jeune femme avec un sentiment de tristesse, de mal être, pas clairement identifié. Lors de deux séances sur son enfant intérieur, elle se connecte à elle, petite fille, à 3 ans, et à une scène qui pourrait paraître très banale : sa mère ne s’occupe pas d’elle parce qu’elle fait le lit et range la chambre. À ce moment là, la petite fille veut dire à sa mère quelque chose d’émotionnellement important, mais elle n’y arrive pas, elle ne l’exprime pas. Elle se sent délaissée, triste, incomprise et emporte avec elle ce lot d’émotions négatives en plus de l’émotion première dont elle voulait parler à sa mère. Cette petite fille avait eu peur à l’école, suite à une punition, elle avait été mise au coin, et avait eu la sensation d’être rejetée. Elle a donc gardé tout ça pour elle. En allant réconforter son enfant intérieur, en allant prendre soin de cette petite fille, la jeune femme s’est délivrée de ce qui était enfoui et trop lourd.

    Un autre exemple est celui d’une jeune femme qui ressent énormément de tristesse lors d’une séance sur l’enfant intérieur. Elle a beaucoup de difficultés à transformer cette émotion, à la comprendre, même à l’accueillir. Et puis je demande à son inconscient « est-ce que cette tristesse appartient à Julie ? » et la réponse est « non » ! Elle éclate en sanglots, lâche enfin ce qui ne lui appartenait pas. Tout lui revient en un clin d’œil et comme une évidence : la tristesse est à sa mère «qui n’aurait pas dû vivre » car la grand-mère avait essayé plusieurs fois de façon violente et artisanale d’avorter. Elle connaissait cette histoire entendue plus jeune mais l’avait mise de côté, n’en avait jamais mesuré l’importance et l’impact consciemment. Son inconscient a voulu la protéger de quelque chose de très difficile à entendre et à comprendre. Pour autant, elle portait la tristesse de sa mère associée à cet événement, sans doute depuis bien plus longtemps que le jour où elle a entendu l’histoire… Bel exemple, ici, de transgénérationnel !
  • Quand les émotions sont refoulées, l’inconscient met en place des stratagèmes pour gérer cela ?
    Oui, l’inconscient, en fait, est bienveillant ! Il essaie de se « débrouiller » pour que ça se passe bien, sauf que ce qu’il met en place n’a pas forcément de bonnes conséquences, typiquement quand il s’agit d’addictions ou de compulsions. Il s’y prend mal en quelque sorte, mais il y a une intention positive derrière, cela a pour but de vider la pression de la fameuse cocotte minute! Sinon c’est trop lourd, la pression est trop forte, c’est compliqué à supporter, et de son point de vue, dangereux. Il met donc en place des processus pour évacuer : par exemple, on boit sa tristesse, on mange ses émotions… Grâce à l’hypnothérapie, il est possible d’aller comprendre ce qui se joue puis d’aller expliquer à l’inconscient que ce qu’il met en place fait plus de mal que de bien, et surtout, ce que la personne souhaite changer. Le changement de comportement est réalisable en allant proposer une autre voie. L’hypnose est un accélérateur d’apprentissage, il est donc possible de proposer un nouveau comportement positif, et de l’ancrer, pour que l’inconscient l’emprunte de plus en plus souvent, puis automatiquement. On n’efface rien, on crée de nouvelles routes, des nouvelles façons de faire plus positives.

  • Peux tu nous parler de l’auto hypnose ?
    C’est la capacité de recréer cet état de conscience modifiée tout seul chez soi. Je l’apprends souvent au bout de quelques séances aux personnes que je reçois, car ils savent reconnaître l’état hypnotique et ils sont capables de le reproduire. Pour faciliter la pratique, on crée en séance un ancrage, par exemple auditif avec une musique. Après, on est capable de faire de l’hypnose seul, la musique aidant. On peut y mettre les intentions qu’on veut, c’est souvent de la relaxation, de la détente, voyager dans un lieu ressource où on se sent bien. Le cerveau ne fait pas la différence entre l’imaginaire, le réel et le symbolique ! Donc tout ce que tu penses, ce que tu imagines, les émotions, les sensations associées, tu les vis vraiment. Ton cerveau ne fait pas la différence : pour lui, c’est réel. Si pour toi la relaxation passe par le fait d’être sur une plage au soleil avec un cocktail, ton corps et ton esprit vont vivre les bienfaits de cet état!

Site Internet de Géraldine Lacour : https://www.geraldine-hypnose.fr/